Actuel – 11.12.2013

Accès à l’information: le Niger en questions

Après la destitution du président Tandja en 2010, les journalistes nigériens ont beaucoup attendu de la nouvelle Constitution de la VII République pour retrouver une réelle liberté de la presse. Mais comment faire de l’investigation dans un pays dominé par les intérêts miniers? Interview-express du responsable et formateur au CRPF, Ali Oumarou (photo DR), rencontré à Niamey. Propos recueillis par Gilles Labarthe / DATAS

EDITO+KLARTEXT: Ali Omarou, vous êtes à la fois journaliste, et formateur de journalistes à Niamey. Quel est votre parcours?

Ali Oumarou: J’ai travaillé à la Télévision nationale de 1980 à 2002, d’abord en tant que simple salarié puis comme cadre à partir de 1993. J’étais Secrétaire général lorsque fin 2002, le Conseil International des Radios-Télévisions d’Expression Française (CIRTEF) a créé un Centre régional pour la formation en audiovisuel des journalistes africains francophones à Niamey, et m’a demandé de venir le gérer.

Comment décrire la situation du journalisme d’investigation au Niger? Qui en fait vraiment?

Le journalisme d’investigation a fait ses premiers pas à l’occasion de la démocratisation de nos pays au début des années 1990. Des journalistes se sont jetés dans le métier sans grande formation de base, beaucoup plus motivés par la liberté de presse retrouvée que par la nécessité d’informer. Puis, certains se sont formés dans des grandes écoles, comme Seidik Abba, aujourd’hui rédacteur en chef de Jeune Afrique, à Paris.

Certains enquêteurs ont connu la prison, souvent pour « propos diffamatoires »… 

Tout cela peut être mis sur le compte du manque d’expérience de certains journalistes face à des hommes politiques imbus de pouvoir. La frontière entre l’information et la diffamation était mal perçue par beaucoup, des deux côtés.

Vous avez vous-même connu des difficultés…

Je n’ai pas connu de difficultés de ce genre quand je faisais ma carrière dans l’organe de service public qu’est la Télévision nationale, pratiquement gouvernemental où l’information était plutôt officielle. La ligne éditoriale est très précise à ce niveau et ne permet aucun écart. Elle est restée la même aujourd’hui après la destitution du président Tandja (en février 2010, ndlr), malgré les discours de bonnes intentions. Par contre, depuis que je suis responsable du Centre Régional de Production et de Formation-CRPF, j’ai rencontré plusieurs difficultés pour faire des reportages dans des domaines aussi sensibles que celui de l’impact sanitaire de l’exploitation de l’uranium par le groupe AREVA au Niger. Le seul changement observé si situe au niveau des journalistes des médias privés qui exercent mieux leur métier, sans peur de se faire emprisonner.

La nouvelle Constitution de cette VIIe République du Niger a été saluée comme une avancée remarquable en matière de droits de l’homme. Et pour la liberté de la presse?

Le Niger a signé et ratifié la Déclaration de la Table de la Montagne en novembre 2011. Cet acte en lui-même constitue une véritable avancée quant à l’exercice de la liberté de la presse. Même si aujourd’hui on n’emprisonne plus les journalistes, le véritable problème se trouve au niveau de l’accès aux sources et à leur protection. Beaucoup de personnes ayant des responsabilités administratives hésitent à livrer des informations de peur de perdre leur place.

Les ressources minières représentent un secteur très stratégique au Niger, et la première source de devises. C’est aussi un secteur des plus opaques, et lié à de nombreux scandales. Les journalistes ont-ils vraiment la possibilité d’enquêter à ce sujet?

C’est là toute la difficulté pour les journalistes qui ont choisi de faire de l’investigation. Comment accéder à la bonne information, les bonnes sources dans des secteurs détenus par l’Etat et ses partenaires stratégiques comme celui de l’exploitation de l’uranium? Beaucoup de journalistes ont tenté l’aventure mais ont buté contre des portes fermées.

 

 

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