Capture d'écran RTS.ch

Actuel – 15.12.2016, 19:27

Laurent Caspary : «L’avenir de la radio passe par le multimédia»

Dès le 1er janvier prochain, Laurent Caspary (43 ans) remplacera Patrick Nussbaum, qui prend sa retraite, au poste de rédacteur en chef de l’Actualité radio de la RTS. Arrivé à la RSR en 2009, le Vaudois évoque notamment pour Edito les perspectives d’avenir de la radio.

Propos recueillis par Sylvain Bolt.

EDITO: Comment la radio peut-elle reconquérir le jeune public ?

LAURENT CASPARY: Concernant l’actu radio, nous avons beaucoup à faire au niveau du numérique et des réseaux sociaux, sur les différents supports. Nous ne sommes pas complètement à la rue, mais nous ne sommes pas en avance non plus. Il y a des expériences faites dans d’autres pays, qui sont bien plus avancés. Nous avons encore une présence assez timide, notamment au niveau de nos émissions phares comme la Matinale, Forum ou le 12:30.

«Les podcasts audio restent un marché de niche»

Depuis peu, le journal entre 7h et 8h est filmé. Ce n’est pas tellement pour attirer les jeunes à la télévision, mais cela permet d’occuper une tranche de l’antenne TV RTS Un. A terme, cela nous permettra surtout d’avoir des images que l’on pourra ensuite éditorialiser, car l’image est la clé sur ces nouveaux vecteurs. Les podcasts audio restent eux un marché de niche.

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Avec les images radio, comme cela se fait dans certaines grandes chaînes françaises, nous pourrons découper des petits extraits, des phrases fortes ou des chroniques. Cela va clairement dans le sens des habitudes de consommation de l’info des plus jeunes. L’actu radio pourrait même se tourner vers des vecteurs comme Snapchat, réseau social qui est ciblé très jeune…Il faut que l’on regarde ce qui s’est fait à l’étranger et analyser les coûts, les moyens et le résultat que l’on aura derrière.

«Accepter de se faire filmer est un débat qui n’a pas été anodin dans une radio»

EDITO: Quelles innovations allez-vous apporter?

LAURENT CASPARY: La radio est dans une phase qui se fait filmer, nous avons accepté de nous faire filmer et c’est un débat qui n’a pas été anodin dans une radio. Nous ne faisons pas de la télévision, mais de la radio filmée. C’est vraiment quelque chose de différent, d’autres codes. Il est évident que l’on va continuer de faire des expériences de radio filmée. Le grand entretien de Forum du dimanche soir est par exemple désormais entièrement filmé. Il y a la version radiophonique classique et en même temps une version vidéo de 12 à 13 minutes qui passe sur le site internet. La vidéo, trop longue, n’est pas publiable sur Twitter, il faudrait peut-être faire le pas supplémentaire de découper de manière plus pointue des extraits. Puis la prochaine étape sera peut-être de filmer entièrement une émission comme Forum.

Nous allons vraiment aller vers des changements d’habitudes. Un sujet radio développé sera véritablement terminé lorsqu’il y aura de l’image filmée ou des photos des gens qui s’expriment. Sur le web, il va falloir penser à avoir des textes supplémentaires en encadré et liés au sujet. C’est un peu de la radio augmentée, comme le projet Exils de Nicolae Schiau, où l’on peut en quelque sorte aller plus loin que ce qui était diffusé à la radio.

EDITO: L’avenir de la radio passe-t-il par de tels projets ?

LAURENT CASPARY: Oui. Prenons l’exemple de notre émission de reportage «Quinze minutes», diffusée le samedi. Dans l’ancienne version radio, il y a 2 ou 3 ans de cela, un journaliste travaillait dessus la semaine, puis montait le sujet qui était diffusé le samedi. Il était ensuite publié sur le web et l’on pouvait le podcaster.

Désormais, les journalistes ne gardent pas tout pour le samedi mais enrichissent les productions pendant la semaine, lorsqu’ils trouvent des choses intéressantes en lien avec le sujet.

Cela peut être du son, mais aussi des photos, des tweets et pourquoi pas des petites vidéos. Le samedi, il y a toujours le reportage Quinze minutes diffusé à l’antenne. Mais nous aurons augmenté le matériel de base de différents éléments.

«La radio a encore de belles années devant elle»

EDITO : Radio et multimédia sont donc désormais liés ?

LAURENT CASPARY : L’avenir de la radio passe par le multimédia, c’est évident. On voit une convergence des médias – presse écrite, radio, télévision – vers ces différentes plateformes que sont les tablettes, Smartphones et autres. La radio doit y être, mais uniquement avec de l’audio elle n’y sera pas, ou très peu.

Je crois en revanche toujours très fermement à la «bonne vieille radio» en DAB+, avec une bonne qualité d’écoute, dans la voiture, lorsque l’on prépare son repas le soir, qu’on se lève le matin avec le radioréveil. Et là, ça n’est pas forcément augmenté, ce ne sont pas des moments où les gens veulent voir des choses, mais les entendre. La radio a encore de belles années devant elle, car ce sont des habitudes d’écoute qui sont très fortes en Suisse et qui vont rester. Mais c’est vrai aussi que les jeunes prennent moins ses habitudes là, donc il faut s’en préoccuper avec les moyens évoqués précédemment.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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