Actuel – 06.09.2016, 11:01

Réinventer le débat 2.0

Le 29 août dernier, le site du quotidien Le Matin a lancé une nouvelle procédure d’inscription via SMS pour garantir des débats respectueux. Tour d’horizon de la nécessité de mieux encadrer les discussions sur la Toile. Par Sylvain Bolt.

Pour pouvoir publier un commentaire sur le site du Matin, il faut désormais valider les informations données sur son profil via un code envoyé par SMS, ceci sans frais. La démarche du quotidien romand est novatrice. Elle veut éviter la pollution des débats provoquée par les commentaires haineux, racistes ou encore xénophobes. Les auteurs de ces propos virulents sont souvent des « trolls », qui rédigeraient sous couvert d’anonymat pour harceler leur(s) victime(s).

Une idée reçue répandue estime que l’anonymat favoriserait l’agressivité à travers une réduction de différentes inhibitions. Pourtant, le cas du « Bild » montre que les internautes n’ont pas peur d’écrire des atrocités en dévoilant leur propre identité. Le quotidien allemand a ainsi décidé de publier des messages anti-migrants postés par des internautes sur Facebook (avec leur nom, prénom et photo), appelant même les autorités à les poursuivre.

L’interdiction de l’anonymat dans les commentaires des articles en ligne est-elle contreproductive? C’est ce que démontre une récente étude menée à l’Université de Zurich. Celle-ci explique que les « trolls » utilisent de plus en plus souvent leur vraie identité. D’abord car ils ne trouvent pas utile de rester anonymes pour des propos haineux qui sont plus des réactions de violation d’une norme sociale (comme le politiquement correct), que des actes de vengeance personnelle.

Ensuite, car les « trolls » peuvent convaincre et mobiliser plus facilement les personnes au sein de leur réseau social en apparaissant sous leur propre identité. Des propos qui peuvent ainsi recevoir des « partages » et des « likes » sur différents groupes virtuels et qui sont considérés comme plus crédibles que ceux d’un utilisateur anonyme qui s’expose moins aux risques de sanction concrète.

Modération renforcée 

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Le site du Matin renforce également sa modération avec une tolérance zéro. « Lematin.ch n’acceptera sous aucune forme la diffamation, la calomnie, le racisme, le sexisme, l’homophobie, l’intolérance religieuse, le harcèlement, les discours haineux, la grossièreté et l’incitation à la violence. Les commentaires doivent s’en tenir au sujet traité. » Mais employer un modérateur a un coût et de plus en plus de médias se tournent vers des logiciels qui font le tri automatiquement.

A l’étranger, aux Etats-Unis notamment, plusieurs sites d’information en ligne ont tout simplement supprimé leur espace commentaire. Outre le coût de modération, des arguments comme la dépréciation du débat et des interventions commerciales sans lien avec les articles sont évoqués. Pourquoi Le Matin n’a-t-il lui pas fait ce choix ? « C’est dans l’ADN du Matin que d’être proche des lecteurs », a confié le rédacteur en chef du quotidien orange, Grégoire Nappey, dans l’émission Vertigo de la RTS.

Les réseaux sociaux permettent de partager librement les articles, de les commenter et de nourrir ainsi le débat. Interrogé sur la question de l’exclusivité des commentaires sur la page Facebook du Matin qui a beaucoup de « fans », Grégoire Nappey tient à maintenir ces deux espaces de discussion. « Je pense que ce sont deux lieux qui vivent en parallèle et pour l’instant j’ai envie de garder ces deux lieux. » La modération sera elle-aussi renforcée sur Facebook.

Les sites d’information ont besoin de l’interactivité proposée et offerte à leurs lecteurs. Mais la discussion doit être saine. Pourquoi ne pas valoriser les commentaires ? Questionner les lecteurs ? Mettre en avant les « bons » commentateurs, ceux qui font avancer le débat, avec par exemple un système de notations. Le débat est ouvert. Il doit être encadré pour mieux exister.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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