©Delphine Schacher

Actuel – 25.06.2018

«La sensibilité ou le coté poétique sont difficilement modélisables par des machines»

Le photographe neuchâtelois Guillaume Perret, au parcours atypique, a été désigné photographe presse suisse de l’année lors de la remise des Swiss Press Awards 2018. Deuxième volet de l’interview du «roi du portrait» (la première figure dans Edito 3/2018).

Vous faites partie de l’agence romande Lundi13. Quel est son apport pour un photographe indépendant ?

Lundi13 permet d’échanger, alors qu’on est souvent seul en tant que photographe indépendant. Nous nous voyons maximum une fois par année physiquement, mais chaque lundi soir on se retrouve sur Skype. Ça fait aussi du bien de montrer ce qu’on fait et donne peut-être un peu de crédit à notre travail. Même si on se regroupe, nous restons des concurrents et cette concurrence pousse les photographes à rester dans leur coin et à garder chacun leur réseau. À Lundi13, nous ne sommes pas basés au même endroit en Romandie, ce qui facilite les choses.

 La concurrence entre photographes indépendants en Suisse romande est forte…

Oui, la concurrence est forte mais je trouve assez sain que ça bouge. J’ai des clients depuis longtemps, mais on fait toujours un peu les mêmes choses au final. C’est une bonne chose qu’il y ait un tournus. La concurrence, c’est toujours génial quand tu ne crèves pas à cause d’elle (rires). C’est plutôt un stimulant. La manière de faire des photos et de les montrer change tellement rapidement qu’indépendamment de la concurrence entre photographes, il y a celle du support, avec l’Iphone par exemple.

 Sur Instagram justement, 70 millions de clichés sont publiés chaque jour. Que pensez-vous de l’obsolescence annoncée du photographe ?

J’essaie toujours de développer des idées qu’un algorithme ou quelqu’un avec son Iphone à la va-vite ne peut pas faire. La sensibilité ou le coté poétique sont difficilement modélisables par des machines. Le seul salut qu’on a en tant que photographe, c’est de développer sa singularité et apporter son regard, en espérant que ce dernier intéresse les autres. Les apports externes, comme telle lumière qui se fait actuellement ou des filtres comme sur Instragram, vont vite être remplacés ou mieux faits par d’autres. Ça ne sert donc à rien de s’y aventurer, car on passe son temps à être démodés.

Le photographe doit-il se réinventer ?

Non, mais se développer. Pour moi, c’est différent. Il faut continuer de creuser pour chercher sa propre singularité plutôt que de s’abonner à tous les magazines de photos pour savoir ce qui se fait actuellement et essayer de le faire vite avant les autres.

 Actuellement, beaucoup de photographes se mettent au drone.

Oui et c’est super. Je ne suis pas du tout contre les changements technologiques, au contraire. C’est vrai que les drones ne me passionnent pas forcément, car il n’y a pas ce rapport avec les personnes qui moi me plaît. Mais on peut faire des images hyper belles et c’est un regard nouveau. Après, il faut le digérer, il ne suffit pas d’être dans le ciel et de dire : j’ai fait une photo d’en haut. Par contre, des photographes l’utilisent avec leur patte, avec une vraie envie de montrer des choses depuis en haut.

Quels sont vos projets ?

Je vais continuer ma série en cours sur les amours extraordinaires. J’aimerais bien pouvoir en faire un livre. Et puis je vais m’enfermer faire du stop avec des personnes qui font la traversée du tunnel du Lötschberg (VS), assis dans leur voiture à l’arrêt. La traversée dure environ 15 minutes, dans un petit espace qui n’est pas idéal pour faire des photos. Avec cette contrainte, je vais réaliser des portraits et sortir quelque chose de ces rencontres.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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