Capture d'écran Konbini

Actuel – 14.08.2017

La vague Konbini, «référence du cool», déferle sur la Suisse

C’est le dernier venu sur la scène médiatique romande. La plateforme online Konbini a débarqué il y a un mois en Suisse. Interview de Michael Chrisment, responsable marketing de l’un des médias numériques les plus suivis du monde.

Propos recueillis par Sylvain Bolt. 

EDITO: Vous êtes un média né en France en 2009. Présent aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Mexique et au Nigeria. Pourquoi avoir choisi la Suisse?

MICHAEL CHRISMENT: Notre partenariat média avec le Montreux Jazz Festival cette année nous a donné l’occasion d’annoncer notre arrivée en Suisse, d’abord en français. Et depuis ce matin (ndlr: mercredi 9 août) aussi en allemand. L’une des raisons de notre venue en Suisse est le fait que nous étions déjà beaucoup lus dans ce pays, avec 500’000 lecteurs sans être présent physiquement. Sachant que notre public cible, les millennials, représente 1.2 millions de personnes en Suisse, le fait d’avoir un reach (ndlr : ou portée, ce qui correspond au nombre d’utilisateurs qu’une publication peut atteindre) à 500’000 nous donnait une bonne occasion de venir.

EDITO: Pouvez-vous tirer un premier bilan?

MICHAEL CHRISMENT: Nous sommes satisfaits de l’arrivée, de l’évolution, de l’engagement. Le lectorat est là et les réactions sont positives. Nous sommes dans une édition suisse assez globalisée, avec des éditeurs et des pigistes qui travaillent en Suisse mais tout cela n’est pas pérennisé. Nous voulons augmenter la part de contenus locaux qui sont encore assez minoritaires. Mais on veut se donner le temps de se développer, nous ne sommes pas dans une vision à court-terme. Notre but est d’engager les jeunes, mettre en avant leurs talents, leur créativité, tout ce qui se passe de bien autour d’eux. Et leur servir de plateforme d’expression, avec des contenus adaptés. L’évolution va se faire naturellement et la version suisse italienne devrait suivre.

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EDITO: Un mot sur votre slogan «all pop everything»?

MICHAEL CHRISMENT: C’est un positionnement sur la culture populaire, la pop culture. On veut être une référence du cool, proposer des contenus intelligents tout en restant accessibles et simples. On s’adresse à des millennials éduqués qui veulent aller plus loin dans les contenus que ce qui leur est servi sur les réseaux sociaux, sans grumpy cat ni chatons. C’est pourquoi nous avons notre propre rédaction et des journalistes.

 EDITO: Quel est votre modèle économique?

MICHAEL CHRISMENT: Notre modèle économique est basé sur des partenariats avec des marques, avec lesquelles nous publions en native advertising. Nous n’avons que très peu de publicité à proprement parler.

EDITO:  Êtes-vous un média indépendant?

MICHAEL CHRISMENT: Nous avons une indépendance éditoriale. On peut la constater au quotidien sur Konbini, avec une rédaction en chef et des journalistes. Mais aussi sur nos chaînes verticales sponsorisées. Nous ne sommes pas pieds et poings liés avec les marques avec lesquelles on travaille. Si je prends l’exemple de notre chaîne Football Stories, elle traite du football avec Coca-Cola et l’on va définir un territoire d’expression ensemble. La marque, grâce à son sponsoring va nous donner accès à certains sportifs et puis nous, avec notre œil décalé et journalistique, amenons des sujets. On arrive du coup à produire des contenus qui sont vraiment originaux, tout en engageant les gens sur le territoire que l’on a défini avec Coca-Cola. Autre exemple, Orange vient vers nous car elle veut développer son business. Nous trouvons un territoire de communication autour de la photographie avec la chaîne Cheese!, qui rend la marque de téléphones proche des jeunes grâce à la thématique de la photo. Les marques sont contentes car nous sommes perçus par les jeunes comme une valeur-ajoutée liée au contenu. Et si ce contenu est de qualité, cela ne choque pas les jeunes qu’il soit amené en partenariat avec une marque.

 EDITO: N’y-t-il pas un risque de confusion entre le côté commercial et journalistique?

MICHAEL CHRISMENT: C’est quand même très visible! Tous les articles sponsorisés le sont de manière claire. Le rédacteur de l’article mais aussi la marque sont mentionnés. Tout est transparent, sur tous les visuels. Encore une fois, ce qui fait la différence est la qualité du contenu, les gens restent dessus, le partage, car il est de qualité.

EDITO: Vous avez affirmé lors du lancement de Konbini en Suisse que vous souhaitez être «une vitrine de créativité, d’entreprenariat pour la jeunesse». Comment allez-vous vous y prendre?

MICHAEL CHRISMENT: C’est une ambition qui est ancrée chez nous. Cela va se faire avec le temps. En construisant notre légitimité et notre présence dans le pays et les régions. C’est pour cela aussi que l’on a lancé Konbini suisse en partenariat avec le Montreux Jazz, ce qui nous a permis de sortir des articles avec des rencontres d’artistes sur place. Et de nous faire d’autres contacts, au Paléo notamment. Nous discutons avec beaucoup de gens pour devenir un acteur local fort et justement réaliser cette ambition d’être une vitrine de la créativité, de la jeunesse et de son entrepreneuriat. Cela va se faire aussi en augmentant la part de ce qui est fait localement en Suisse. On cherche d’ailleurs un chef éditorial suisse pour cela.

EDITO:  Pourquoi êtes-vous présent au Nigeria?

MICHAEL CHRISMENT: C’est l’un des pays d’Afrique où il y a une double combinaison, entre d’une part un développement économique très fort qui implique des changements importants en termes de médias et de communication (une explosion d’Internet et des réseaux sociaux) et de l’autre une jeunesse très présente, en plein développement et qui a soif de communiquer, de créer. Mais soyons francs, c’est l’investissement d’une marque qui nous permet d’accélérer un lancement dans un pays, comme en Suisse avec Nespresso. Au Nigéria, Nescafé a bien fonctionné et le partenariat va être pérennisé. En six mois dans ce pays, nous sommes devenus l’un des médias les plus vus et lus des jeunes, notamment sur mobile.

«Le monde a besoin de plus de positivité, de happiness, de coolitude»

EDITO:  Les marques ont donc une grande importance dans vos choix de lancement dans un pays…

MICHAEL CHRISMENT: Bien sûr qu’elles ont une grande importance. En collaborant avec Konbini, les marques investissent en média. C’est-à-dire qu’elles font de la promotion des contenus que nous créons. Cela amène du trafic, du reach, une opportunité de visibilité pour celles-ci et de recrutement, par le biais d’une audience, pour Konbini. C’est du win-win.

EDITO:  Y-a-t-il une place à prendre pour un pure player destiné aux jeunes en Suisse?

MICHAEL CHRISMENT: Nous en sommes convaincus. Mais nous ne sommes pas dans un mode de compétition. Les comportements changent dans cette industrie des médias en transformation, avec l’explosion des réseaux sociaux et du mobile. Les jeunes notamment s’informent autrement, à 70% via les réseaux sociaux. Cela amène une demande d’information différente. Et nous croyons à Konbini pour pouvoir répondre à cette demande.

EDITO:  Comment vous démarquez-vous de la concurrence?

MICHAEL CHRISMENT: Comme déjà dit, il y a la ligne éditoriale de Konbini sur la culture pop et le côté accessible pour tous. Il y a ensuite l’aspect positif, nous sommes toujours orientés vers un discours entrepreneurial et créatif qui amène les gens vers quelque chose de constructif. Le site BuzzFeed est assez neutre, ça ne descend pas vraiment en profondeur. C’est instantané et sans impact. Vice, un de nos autres concurrents, qui est devenu très puissant, offre-lui une image assez dark du monde.

EDITO:  Vous considérez-vous comme un média d’information?

MICHAEL CHRISMENT: Oui, bien sûr! Nous sommes un média d’information axé sur la créativité et la culture. Pour encourager les millennials sur toutes les plateformes qu’ils utilisent au quotidien.

EDITO:  Le fait d’être toujours positif ne risque-t-il pas de lasser les jeunes?

MICHAEL CHRISMENT: Non, je pense qu’on a tous besoin de bonnes nouvelles. Konbini, c’est une plateforme qui fait 150 millions de visiteurs par an, on a plus de 3 millions de fans sur Facebook, 250’000 sur Instagram et Twitter. Nos taux d’engagement sont vraiment élevés, près de 10 fois plus que la norme sur Facebook par exemple. Ça fonctionne vraiment bien et il y a une vraie demande… Je ne pense pas qu’on lassera. Le monde a besoin de plus de positivité, de happiness, de coolitude.

 

 

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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