Actuel – 21.12.2017

Moins de journalistes tués

Un rapport de la Presse Emblème Campagne (PEC) indique une baisse de 24% du nombre de journalistes tués dans le monde cette année. Selon le bilan de Reporters sans frontières (RSF), l’année 2017 est la moins meurtrière pour les journalistes professionnels depuis 14 ans.

Reporters sans frontières (RSF) a annoncé dans son bilan 2017 que 65 journalistes ont été tués, 326 sont actuellement en détention et 54 sont retenus comme otages. «Des chiffres alarmants», selon le communiqué de l’ONG du 18 décembre, qui indique encore que 54 journalistes sont actuellement aux mains de groupes armés non étatiques. RSF indique que l’année 2017 est néanmoins la moins meurtrière pour les journalistes professionnels (50) depuis 14 ans. «Depuis 2006, plusieurs résolutions sur ce thème ont été votées à l’ONU et des procédures de sécurité mises en place dans de nombreuses rédactions.» 

Pour la première fois depuis 2008, la Presse Emblème Campagne – PEC – a recensé cette année moins de 100 journalistes tués dans le monde. Depuis janvier, 97 journalistes ont été tués dans 28 pays, une baisse de 24% par rapport à l’année précédente (127 journalistes tués en 2016), a indiqué lundi à Genève la Presse Emblème Campagne (PEC) dans son rapport annuel. Celle-ci se base sur des critères différents de ceux utilisés par RSF. L’ONG avec statut consultatif spécial à l’ONU rappelle qu’en dix ans, de 2008 à 2017, 1197 travailleurs des médias ont été tués, en moyenne 119 par an et 2,3 par semaine. "Cette baisse est encourageante. La sensibilisation au problème n’a jamais été aussi importante. Les résolutions adoptées par les Etats membres de l’ONU, le plan d’action de l’UNESCO, la mobilisation des ONG, les mesures prises au niveau national pour lutter contre l’impunité commencent à porter leurs fruits. Nous espérons que cette évolution se confirme en 2018”, a affirmé le secrétaire général de la PEC Blaise Lempen.

L’ONG estime toutefois que «le bilan reste encore trop élevé» et déplore une situation qui s’est notamment dégradée au Mexique (14 tués depuis janvier), en Irak (9 tués) et en Afghanistan (8 tués). Environ un tiers des victimes sont mortes accidentellement, c’est-à-dire en raison d’attentats-suicide, de tirs croisés, d’engins explosifs. Les deux tiers ont été visés délibérément.

Davantage de femmes tuées 

Le nombre de femmes journalistes tuées a fortement augmenté selon la PEC, probablement parce que davantage de femmes travaillent dans des situations dangereuses: 16 d’entre elles ont péri en raison de leur métier en 2017, contre cinq en 2016. Par région, l’Asie compte le plus grand nombre de victimes (32), devant l’Amérique latine (29). Suit le Moyen-Orient (21, en incluant la Turquie), devant l’Afrique (10) et l’Europe (5 tués).

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RSF indique de son côté que le nombre de femmes journalistes tuées a doublé en un an: dix sont mortes en 2017, contre cinq en 2016.

Dans son communiqué, la PEC salue aussi l’adoption en novembre dernier par la plus importante organisation de journalistes dans le monde – la Fédération internationale des journalistes – d’un projet de Convention internationale pour renforcer la protection de ces derniers. «Une fois adoptée par les Etats, elle sera d’un grand secours pour beaucoup de journalistes travaillant sur le terrain, en particulier les travailleurs indépendants», a déclaré la présidente de la PEC Hedayat Abdel Nabi.

La Chine et la Turquie, plus grandes prisons de journalistes 

Dans son recensement annuel des journalistes emprisonnés, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a identifié 262 journalistes incarcérés en rapport avec leur travail, un nouveau record atteint en 2017 après une hausse historique de 259 journalistes emprisonnés l’année derrière. Là encore, une différence significative peut être remarquée avec le bilan établi par RSF, qui dénombre 326 journalistes derrière les barreaux au 1er décembre 2017 et une baisse du nombre de journalistes incarcérés: «Comme pour la catégorie des tués, le nombre de détenus est moins important cette année (-6%).»

Pour la deuxième année de suite, plus de la moitié d’entre eux (134 journalistes) sont derrière les barreaux en Turquie, en Chine et en Égypte, selon le CPJ. «Ce schéma reflète l’attitude lamentable de la communauté internationale, qui ne se préoccupe pas de la crise mondiale de la liberté de la presse.»

Le rapport estime que trente-cinq journalistes dans le monde entier ont été incarcérés sans jamais être publiquement inculpés. «L’absence de procédures régulières dans certains pays entraînent un tel déficit d’informations qu’il est presque impossible pour le CPJ de déterminer les causes de l’emprisonnement d’un journaliste, son état de santé, et parfois même s’il est vivant ou mort».

D’autres constatations du recensement annuel des journalistes emprisonnés du CPJ incluent les informations suivantes :

  • 97% des journalistes incarcérés sont des journalistes locaux.
  • Sur le nombre total de journalistes emprisonnés dans le monde entier, 22 d’entre eux, soit 8 % pour cent sont des journalistes femmes.
  • Les journalistes indépendants représentent 75 des cas, soit 29 pour cent des journalistes emprisonnés.
  • L’actualité politique est le thème le plus dangereux, couvert par 87 pour cent des journalistes emprisonnés. Beaucoup de journalistes couvrent des événements de nature diverse.

RSF précise encore que «près de la moitié des journalistes détenus à travers le monde continuent de l’être dans seulement cinq pays. La Chine et la Turquie sont toujours les plus grandes prisons de journalistes au monde». 

Un projet pour assurer la survie des histoires 

Fin octobre passé, Reporters sans frontières (RSF) et Freedom Voices Network ont annoncé le lancement de Forbidden Stories, un projet destiné à sécuriser les données des journalistes menacés et à poursuivre et publier leurs enquêtes en cas d’homicide ou d’arrestation. «Forbidden Stories met le journalisme d’investigation au cœur du combat pour la liberté de la presse et la protection des journalistes. Utiliser le journalisme pour défendre le journalisme et garantir ainsi l’accès à l’information libre et indépendante, tel est l’objectif de cette initiative innovante. Au-delà, Forbidden Stories est un signal fort que nous adressons aux prédateurs de la liberté de l’information du monde entier», a déclaré le secrétaire général de RSF Christophe Deloire dans un communiqué.

Des vidéos postées sur une page YouTube expliquent de façon plus claire encore la démarche de Forbidden Stories:

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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