Action de rue de la Fédération suisse des sourds ce mercredi 7 février ©Fédération suisse des sourds

Actuel – 07.02.2018

No Billag, No signes

Le 1er janvier 2008, pour la première fois en Suisse, les personnes sourdes et malentendantes pouvaient suivre le téléjournal en langue des signes. Dix ans plus tard, ce mercredi 7 février, elles sont descendues dans la rue pour dire leur opposition à No Billag. Interview de Sandrine Burger, porte-parole de la Fédération suisse des sourds.

La Suisse compte environ 10’000 sourds et 900’000 malentendants. Une seconde catégorie en augmentation constante en raison du vieillissement de la population. Un Suisse sur huit dépend donc des sous-titres et de la langue des signes pour pouvoir s’informer ou se divertir par le média de la télévision. Mercredi 7 février, dans chaque région du pays (à Lausanne, Zurich et Lugano), des personnes sourdes et malentendantes sont descendues dans la rue pour défendre cet acquis, menacé par l’initiative No Billag.

EDITO: Qu’adviendra-t-il en cas d’acceptation de l’initiative «No Billag»?

Sandrine Burger: Toutes les mesures d’accessibilité, autant le sous-titrage que le journal signé, sont entièrement financés par la redevance. Donc s’il n’y a plus d’argent, la suppression de ce service est l’une des premières mesures d’économie qui nous a été annoncée. Pour les personnes sourdes, cela signifie un retour dans les années 1970, lorsqu’ils n’avaient pas accès à la télévision. Et une source d’information en moins pour eux.

EDITO: Votre fédération vient pourtant de signer un accord avec la SSR pour augmenter les mesures d’accessibilité…

Sandrine Burger: Actuellement, 50% des émissions diffusées par la télévision suisse sont sous-titrées. En septembre 2017, nous avons en effet signé un accord qui stipule que d’ici 2022, ce pourcentage augmentera progressivement jusqu’à 80%. Quant au nombre d’heures d’émissions interprétées en langue des signes, il devrait plus que doubler pour atteindre 1000 heures. Tout cela est conditionné par le maintien ou non de la redevance.

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EDITO: Des mesures sont-elles prises par les chaînes régionales?

Sandrine Burger:  Avant l’année passée, le sous-titrage n’existait pas pour les chaînes régionales et il est désormais réalisé pour la principale émission de celles-ci. Cela est dû au fait que la loi sur la télévision a changé et que les chaînes régionales ont l’obligation de le faire, ayant reçu de l’argent grâce à l’augmentation de leur quote-part de la redevance. Mais tant qu’il n’y a pas d’obligation légale et d’argent versé, personne ne le fait.

EDITO: Comment cela se passe-t-il chez nos voisins?

Sandrine Burger:  Il y a une interprétation en langue des signes en France, mais c’est en général Télématin à 6h. Ce n’est pas la grand-messe du 20 Heures de TF1. Quelques chaînes d’informations comme BFM ont aussi un dispositif mais souvent dans l’après-midi, alors que les personnes sourdes travaillent aussi pendant ces heures-là. De manière générale, la France est assez exemplaire dans le sous-titrage car elle a une loi qui est très forte. En Allemagne, pays où la loi est plus permissive et ou les télévisions ont pourtant les mêmes moyens qu’en France, il n’y a pas ou très peu d’interprétation en langue des signes…

EDITO: Le sous-titrage automatique est-il une alternative réaliste ?

Sandrine Burger:  Cela reste une chimère. Le sous-titrage automatique fonctionne lorsqu’on a une voix monocorde, toujours à la même vitesse. Mais lorsque le commentateur d’un match de foot s’emballe, ou quand plusieurs personnes se coupent la parole dans un débat de l’émission Infrarouge, le système atteint ses limites. Les sous-titrages à la télévision sont effectués par des personnes que l’on appelle «perroquets», qui relisent ce qui se dit à l’antenne.  Le robot reconnaît la voix et le rythme et cela permet au logiciel de faire le sous-titrage automatique. Mais cela nécessite du personnel. Comme pour l’interprétation en langue des signes du journal, cela a un coût conséquent car plusieurs personnes doivent être engagées (ndlr : ils sont sept en Suisse-romande à relever ce défi quotidien).

EDITO: Comment cela se passe-t-il au niveau des chaînes privées ?

Sandrine Burger: Si elles n’ont pas d’obligation, elles ne font rien. L’exemple des chaînes régionales qui n’ont rien fait jusqu’à l’année passée le prouve. En France, les chaînes font le pourcentage qu’elles sont obligées de faire.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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