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La fin du Matin papier – 03.09.2018

«Nous laissons une ultime chance au dialogue»

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève pendant douze ans, a quitté son poste mercredi passé. Retour sur cet évènement et sur le conflit social à Tamedia avec Antoine Grosjean, membre de la Société des rédacteurs de la Tribune de Genève.

EDITO: Pierre Ruetschi a-t-il été mis à l’écart ?

Antoine Grosjean: Le communiqué officiel donnait l’impression d’un commun accord, mais le dernier édito de Pierre Ruetschi est clair: ce n’était pas son souhait de partir. Son désaccord avec la direction de Tamedia sur les dernières restructurations était connu. C’est évident qu’il s’agit d’un licenciement. Nous trouvons d’ailleurs choquant qu’une personne qui a autant oeuvré pour ce journal soit remerciée comme cela du matin au soir, tel un malpropre qui a piqué dans la caisse. C’était une surprise car même si le départ de Pierre Ruetschi était inéluctable, la manière de faire si brutale nous a choqué. Le timing nous étonne aussi, vu la situation qui est déjà extrêmement tendue. Le conflit n’est pas terminé et la confiance n’est de loin pas rétablie au sein du groupe.

Pourquoi avoir suspendu votre préavis de grève prévu aujourd’hui?

Nous laissons une ultime chance au dialogue, mais ce sera la dernière car nous nous sommes assez fait rouler dans la farine par Tamedia. Négocier le plan social est urgent, car les personnes licenciées ont besoin de savoir à quoi ils ont droit, mais la négociation de ce plan social ne va pas être une partie de plaisir, car Tamedia ne va pas nous faire de cadeaux. Nous avons dans un second temps une longue liste de revendications et nous voulons que Tamedia s’engage formellement à ouvrir des négociations sur d’autres sujets, telles que des assurances sur l’avenir des titres du groupe ou d’arrêter les restructurations et les vagues de licenciements tous les six mois.

«Nous exigeons que Tamedia fasse des efforts sérieux et mette fin à ce comportement scandaleux.»

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Nous voulons aussi que le groupe investisse un peu plus dans les titres, notamment dans LeMatin.ch. Car avec les moyens actuels, ce projet tiendra au maximum deux ans. Nous exigeons que Tamedia fasse des efforts sérieux et mette fin à ce comportement scandaleux. L’impression est que cela ne va jamais s’arrêter, que le licenciement nous pend au nez. Depuis que Tamedia a repris ces journaux du groupe Edipresse, les plans d’économie et les plans de restructuration n’ont jamais arrêté. Tout le monde est découragé. Preuve de ce ras-le-bol, même les meilleurs éléments démissionnent. La tâche administrative devient vraiment lourde et le climat pesant.

Le dialogue avec Tamedia est-il encore possible ?

Sincèrement, après toutes ces tentatives de dialogue qui ont échoué, nous y croyons qu’à moitié. Nous nous méfions énormément des engagements de la part de Tamedia et exigeons maintenant qu’ils soient écrits. Une séance de conciliation va avoir lieu le 5 septembre, puis nous aurons une Assemblée générale le 10 septembre. Nous déciderons à ce moment-là si nous estimons que suffisamment d’efforts ont été faits rapidement. Nous demandons au moins un engagement de leur part d’aborder certains thèmes dans le cadre de la négociation. Mais ça n’est pas encore gagné ! Lorsque nous avons accepté de mettre fin à la grève, l’une des conditions était qu’il n’y ait pas de sanction contre les grévistes. Il y a maintenant un débat sémantique sur la question de savoir si une retenue sur salaire est une sanction ou pas. L’Assemblée générale décidera ensuite si elle veut refaire une grève. Si de vrais efforts ne sont pas fait, cela risque de relancer tout le conflit.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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