Actuel – 18.04.2018

Un deal Tamedia-Blocher «symptomatique»

Tamedia a annoncé mercredi le rachat de la Basler Zeitung à la société Zeitungshaus, dont Christoph Blocher est copropriétaire. En échange, cette dernière reprend au groupe zurichois sa participation dans plusieurs titres gratuits, dont deux Romands. Les réactions.

Dans cette transaction qui doit encore obtenir le feu vert de la COMCO, la Zeitungshaus rachète en effet à Tamedia ses parts dans quatre journaux gratuits (GHI, Lausanne Cités, Furttaler et Rümlanger), ainsi que dans le Tagblatt der Stadt Zürich. Christoph Blocher possède désormais près de 30 titres gratuits et fait son entrée en Romandie en prenant place dans le capital de GHI et Lausanne Cité. En septembre dernier, il avait pourtant exclu d’investir en Suisse romande dans un avenir proche en tenant ces propos dans l’émission Forum (RTS):  «Je ne crois pas que ce soit une bonne chose si Blocher, un Zurichois, achète quelque chose en Suisse romande. Les gens penseraient que je veux diriger la Suisse romande». Et le tribun zurichois de répondre dans le 19h30 de la RTS mercredi: «Je ne crois pas qu’on puisse diriger la Suisse romande avec deux titres.» Avec le bassin de population atteint par ces tous-ménages, Christoph Blocher s’offre en tout cas une jolie caisse de résonance.

«Blocher développe son empire de propagande des gratuits»,  selon Syndicom, qui ne doute pas qu’il s’en servira au besoin à des fins de propagande pour ses campagnes. «Son calcul politique sera plus efficace sur le marché des gratuits qu’avec la publication de la Basler Zeitung». Impressum s’inquiète du fait qu’avec les feuilles appartenant avant au groupe Zehnder, «Blocher sera le plus grand propriétaire de feuilles d’annonces gratuites en Suisse alémanique». La plus importante association professionnelle de journalistes de Suisse demande à Christoph Blocher qu’il garantisse publiquement l’indépendance rédactionnelle de ces journaux au sens de la «Déclaration des devoirs et des droits des journalistes».

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La Basler Zeitung aussi délocalisée? 

Le groupe Tamedia, lui, renforce sa position dominante à Zurich, Berne et maintenant à Bâle, soit les trois plus importantes villes alémaniques. Impressum s’inquiète qu’avec la reprise de la BaZ par Tamedia, il ne reste à Bâle qu’une rédaction locale et que les autres rubriques soient alimentées par la rédaction centrale de Zurich, comme c’est le cas pour ses autres titres («Bund», «Berner Zeitung», «Tribune de Genève», «24 heures»). Une nouvelle vague de licenciements à la BaZ est redoutée par Impressum, qui demande à Tamedia de «de garantir que le nombre de places dans la rédaction, nombre qui s’est déjà fortement réduit, subsiste au moins dans la mesure actuelle et que les contenus de toutes les rubriques soient produits comme aujourd’hui à Bâle».

Cette situation de quasi-monopole de Tamedia est également dénoncée par Syndicom. «La vente de la Basler Zeitung (BaZ) à Tamedia est symptomatique de la situation préoccupante des médias suisses. Ils souffrent d’une concentration croissante, de la maximisation des profits et des calculs politiques». Syndicom exige encore «un retour à des rédactions indépendantes et ancrées dans les régions au lieu d’étendre l’uniformité rédactionnelle à Bâle».

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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