Actuel – 17.03.2022

Comme une piqûre de rappel

En temps de Covid, quel remède contre la perte de crédibilité de la presse ? Peut-être, rappeler que la couverture médiatique de la pandémie a été plutôt variée… et parfois, précipitée ou disparate.

Par Gilles Labarthe

Médias complices ! », « Médias menteurs ! »… Pendant ces deux années de Covid, combien de fois ces slogans ont-­ils été entendus lors de manifestations anti-masque, antipass et antimesures sanitaires, dénonçant dans la foulée l’asservissement des titres d’information aux pouvoirs économiques et lobbies pharmaceutiques ?

Les médias d’information ne se sont toutefois pas privés de se montrer critiques face aux décisions de politique de santé, sur le plan fédéral et cantonal. Ils se sont aussi intéressés aux alternatives, à commencer par celles de la prévention et des traitements possibles contre le coronavirus. On peut leur reprocher sur ce point un certain empressement… mais pas d’être univoques.

La vague Didier Raoult. Faut-il vraiment boire de l’eau de Javel ? Le 24 avril 2020, lematin.ch diffuse des extraits des déclarations publiques de Donald Trump, imaginant un traitement à base d’ultra­violets et… d’injections de désinfectant. Cette « information » est nuancée et remise dans son contexte, fort heureusement. Mais dans le même temps, d’autres titres relativisent toujours la gravité du coronavirus, sans aucune mise en perspective, et donnent la parole à des experts contestés. Une vision « optimiste concernant l’évolution de l’épidémie de coronavirus », sans aucune « deuxième vague » : c’est ce que prévoit le très médiatisé infectiologue français Didier Raoult le 12 mai 2020 dans l’édition suisse de 20 Minutes. Il y vante l’efficacité antivirale de l’hydroxychloroquine — avant que des essais cliniques ne prouvent le contraire.

Autre « solution miracle » qui a depuis fait un flop : l’artemisia annua. Cette plante ­médicinale est connue depuis l’antiquité pour combattre le paludisme. Le président de Madagascar Andry Rajoelina en a fait un argument de campagne politique, lançant sur cette base la production industrielle de Covid-Organics, comme traitement antiviral 100 % malgache. Le 21 avril 2020, un article de la Tribune de Genève titre : « Face au Covid-19, une plante suscite l’espoir à Madagascar ». Depuis, rien n’a été publié par ce grand quotidien pour mettre à jour les informations sur ce qui s’avère, hélas, un faux remède. Le 14 septembre 2020, le Blick ­­consacre lui aussi une mention à l’artemisia parmi une longue liste d’alternatives possibles… mais sans signaler ses échecs effectifs, sur le terrain très concret de la pandémie.

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Le mirage de l’artemisia. Dommage : une actualisation autour de ces diverses « potions » serait bienvenue, tandis que des sites de « réinformation » comme la chaîne youtube Agora TVNews persistent à pro-mouvoir l’artemisia, parmi un florilège de conseils antivaccins. Le 7 juillet 2021, un « post » d’Agora TVNews diffusé sur VKontakte (VK.com, réseau social russe ­similaire à Facebook, qui permet de con­tourner la censure de propos complotistes) recommande encore « le traitement du ­professeur Raoult hydroxychloroquine + azythromicine + zinc, l’artemisia annua et l’ivermectine qui donne d’excellents résultats ».

D’autres titres de presse ont pourtant ­publié des décryptages très complets sur la base d’avis de nombreux experts, comme Le Temps, Heidi.news ; ou encore L’Illustré, qui le 11 février 2021 met déjà fortement en doute l’efficacité de l’ivermectine, un anti-parasitaire vendu à la pelle sur Internet… mais aussi responsable d’intoxications en masse aux Etats-Unis, à la suite d’auto-administrations hâtives.

En France et en Allemagne, des figures « antivax » comme Thierry Casasnovas, entre­preneur et vidéaste, « conseiller santé » sans formation médicale, ou la docteure en homéopathie Carola Javid-Kistel, ont popularisé l’idée que les soins par la nature et les plantes suffisaient à lutter contre le coronavirus – à supposer même que ce virus existe, selon eux. Ils ont capté l’attention médiatique et fait des émules dans toute l’Europe, y compris en Suisse.

Se contenter d’apports en vitamine C et D, c’est aussi ce que professait en 2020 au Tessin le docteur Roberto Ostinelli, connu pour ses déclarations coronasceptiques et antivaccin, abondamment relayées dans les médias italophones. Des affirmations fracassantes mais qui présentaient un risque pour la santé publique : Roberto ­Ostinelli a été temporairement suspendu de l’Ordre tessinois des médecins en février 2021. Qu’importe, les médias lui donnent toujours la parole… désormais, en tant que chef de file de la poignée de médecins ­régionaux refusant catégoriquement de se faire vacciner.

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