Actuel – 30.03.2018

Grégoire Nappey: "J’ai un peu d’amertume, car je n’ai pas pu développer le produit comme je le voulais”

Lancé le lundi 31 octobre 2016, le "Matin du Soir” (relire notre article sur ce sujet) se voulait innovant par sa forme (une webapp avec des cartes à ouvrir), le moment de publication (17h) et la nature de contenus censés être inédits. Mais la formule n’a pas pris et l’aventure a pris fin le 29 mars à…17h. Interview de Grégoire Nappey, rédacteur en chef du Matin.

EDITO: Quelles sont les raisons de l’échec du Matin du Soir ? 

Grégoire Nappey: Nous n’avons pas atteint les objectifs au niveau du nombre d’abonnés. Nous avons poussé jusqu’à 800 personnes, mais nous étions très loin des 2’000 que l’on voulait après la deuxième année et des ambitions bien plus larges à plus long terme. Nous n’avons pas trouvé notre public. Cela ne concerne pas la publicité, car l’idée de ce projet était d’aller essentiellement sur les abonnements.

EDITO: 17h, n’était-ce pas la bonne heure ?

Grégoire Nappey: Je ne pense pas que 17h soit le souci. Le problème du Matin du Soir est d’abord technique, puisque la solution n’était pas assez aboutie, comme l’accès au produit qui n’était pas évident.
D’autre part, nous ne proposions pas assez de contenus originaux. Au début il y en avait plus, mais nous n’avons pas réussi à tenir le rythme.
Le Matin du Soir ne se distinguait pas assez non seulement du Matin, mais aussi comme média qui amène des choses sur la place publique. Ces deux points, la technique et le contenu, sont liés à un manque de moyens. J’ai un peu d’amertume, car je n’ai pas pu développer le produit comme je le voulais.

«Avec la crise de la presse, il faut se donner le maximum de chances. Et là, je pense que c’était insuffisant.»

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EDITO: Qu’aurait-il fallu faire de plus ?

Grégoire Nappey: Une application fluide, plus soignée d’une part. Et davantage de contenus originaux, qui auraient donné plus de chances au produit. Mais je ne pense pas non plus qu’on aurait fait des miracles. Avec la crise de la presse, il faut se donner le maximum de chances. Et là, je pense que c’était insuffisant.

EDITO: Vous disiez en novembre 2016 que "Le Matin est en train de devenir une rédaction sortie du biorythme dicté par le print”…et maintenant?

Grégoire Nappey: C’est un long processus mais qui continue. Un des grands avantages du Matin du Soir est de nous avoir permis de changer notre manière de travailler. Ces contenus du Matin du Soir étaient d’abord conçus pour le numérique. On travaillait plus tôt et on va maintenir cela au niveau de la rédaction. Notre énergie va être recentrée sur le site Internet pour le relancer. Notre biorythme n’est désormais plus adapté à un produit payant mais à un produit gratuit.
J’ai toujours dit que le Matin du Soir était un laboratoire : on essaie quelques ingrédients, ils ne fonctionnent pas et si le cocktail ne prend pas, on tente de doser autrement.

« Désormais, notre stratégie est

de mettre notre énergie

sur le site du Matin»

 

EDITO: Qu’avez-vous appris concrètement ?

Grégoire Nappey: Les gens ont amené des plus-values à leurs sujets, qui étaient construits autrement. Le fait de construire et d’entretenir le Matin du Soir – un produit numérique payant – était une expérience en soi. Dans ce domaine-là, nous avons appris plein de choses, comme par exemple d’adapter nos infographies papier sur le Web.

EDITO: Qu’en est-il de l’avenir du Matin ?

Grégoire Nappey: Nous devons nous concentrer là on l’éditeur nous demande de nous concentrer, donc sur le terreau de public numérique que nous avons et qui est important, le troisième site d’information de Suisse romande. Désormais, notre stratégie est de mettre notre énergie sur le site du Matin puisque notre avenir est numérique.

EDITO: Jusqu’à quand Le Matin sur papier va-t-il subsister?

Grégoire Nappey: Il n’y a rien de neuf là-dessus.

Sylvain Bolt

Sylvain Bolt

Journaliste Web pour Edito.ch/fr. Diplômé de l'Académie du journalisme et des médias de l'Université de Neuchâtel.

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