Actuel – 14.03.2019

Le format vertical débarque

Les écrans de télévision, de cinéma et d’ordinateurs nous ont habitués au format horizontal. Pourtant, nous sommes toujours plus nombreux à regarder des images en format vertical sur notre smartphone. Certaines rédactions réagissent à ces nouvelles habitudes visuelles.

Par Kai Rüsberg

Je m’appelle Vali Meier et voici Whoopy, chienne d’avalanche.» A première vue, il s’agit d’un reportage de la télévision suisse sur un chien d’avalanche. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que l’image est orientée de manière inhabituelle. C’est un reportage en format vertical, à regarder sur un smartphone, filmé par Marcel Anderwert.

«L’idée derrière cela, c’est qu’on peut mieux regarder des images sur son smartphone en le tenant droit dans la main. Et là, effectivement, il n’y a personne d’autre dans notre entreprise qui ne procède ainsi. Les cameramen ne filment pas de cette manière, les émissions de télévision n’en ont pas besoin non plus, et c’est pour cela que j’ai lancé ce projet spécial», explique Anderwert.

Ce journaliste filme depuis longtemps une partie de ses images pour le journal télévisé de la SRF avec son smartphone. Mais jusqu’à présent, il l’avait toujours tenu horizontalement, pour que l’on puisse aussi diffuser ces vidéos à la télévision. Le nouveau format doit désormais s’adresser aux nouveaux spectateurs d’Internet. «Nous perdons chaque année un petit pourcentage de nos téléspectateurs et auditeurs de radio. Les jeunes ne prennent pas la relève. Notre maître-mot, c’est service public – et ce service à la population implique que l’on essaie de diffuser nos contenus à un public plus jeune, âgé de 20 à 45 ans.»

L’être humain au centre. Depuis le mois dernier, le reporter du Tagesschau ne produit plus que des vidéos en format vertical. Au lieu de les découper à partir d’une image de télévision habituelle, il les filme directement ainsi. «Si vous extrayez une image après-coup et agrandissez l’image verticale, la qualité de l’image se détériore; vous filmez aussi de manière tout à fait différente. Avec le format vertical, l’être humain est au centre; ce format se prête très bien à filmer les personnes, qui se tiennent généralement à la verticale.»

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Selon Anderwert, la télévision suisse fait figure de pionnière parmi les chaînes publiques en Europe. «Tout miser sur le smartphone, utiliser cet outil en journaliste pour réaliser des reportages sérieux, je crois que c’est encore relativement nouveau.»

La NRK norvégienne ou la BBC anglaise produisent aussi quelques projets avec des vidéos verticales. Mais pour l’heure, l’image de télévision classique demeure la norme pour la production télévisuelle.

«Le format vertical se prête bien à filmer les personnes, qui se tiennent généralement à la verticale.»

Formation du personnel. C’est exactement la même situation en Irlande, explique Philip Bromwell, du service d’information de la chaîne irlandaise RTE. «Etant donné que nous travaillons pour la télévision, nous n’en sommes pas encore à tout tourner et monter en vertical. Les images doivent toujours être adaptées au petit écran.» Certes, il lui est aussi arrivé dans certains cas de filmer directement en vertical. Mais cela a toujours représenté un défi, dit Bromwell, parce qu’il faut se familiariser avec la technologie, la conception artistique et la perception sur le smartphone.

En Allemagne aussi, le journal télévisé Tagesschau produit régulièrement des vidéos verticales pour son application. Mais ici aussi, les images sont toujours découpées à partir des images de télévision, à l’aide d’un logiciel spécialement conçu à cet effet.

A la Bayerische Rundfunk à Nürnberg, en revanche, on projette de produire des vidéos pour smartphone qui seront diffusées par Instagram, déclare Heike Stiegler. «C’est ce qui est prévu. Pour l’instant, nous ne disposons pas encore des ressources nécessaires pour réaliser un reportage par jour. Pour cela, il faut d’abord former du personnel et nos collègues doivent commencer par apprendre comment fonctionne Instagram. Le langage visuel est différent de celui du format TV classique.»

Kai Rüsberg est journaliste et réalisateur vidéo indépendant. Twitter: @ruhrnalist, Blog: ruhrnalist.de

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