EditoRialement – 23.10.2018

L’occasion ratée

Ce devait être une loi pionnière, qui accompagne la révolution numérique. Ce n’est pratiquement plus, comme le formule Philippe Zahno, représentant des radios régionales, qu’une redistribution d’une part de la redevance à des projets audiovisuels en ligne, au détriment des radios et télévisions régionales. Ce sont aussi quelques nouvelles exigences adressées à la SSR, mais elles figurent déjà dans la concession 2019-2022. Bref, la nouvelle loi sur les médias électroniques déçoit. La mise en consultation a abouti à un feu croisé de critiques des partis et des milieux concernés, qui sont largement contradictoires, ce qui probablement va augmenter ses chances de passer quand même au parlement.

Mais surtout, elle n’est pas à la hauteur des enjeux.

L’enjeu de la presse d’abord. Celle-ci est ignorée par le projet. On nous dit qu’il n’y a pas de base constitutionnelle pour l’aide à la presse. Faudrait-il alors lancer une intitiave populaire pour changer l’article 93 de la constitution? L’association Médias pour tous en a fait la proposition début 2017, le temps en est peut-être venu. On ne peut pas se contenter de promouvoir des vidéos en ligne, il faut soutenir aussi l’écrit. Et il n’est pas difficile de créer un système filtrant pour que cette aide n’affecte pas l’indépendance de la presse – bien plus gravement affectée par son affaiblissement économique.

L’enjeu du service public aussi. Que les moyens de la SSR soient limités, admettons. Mais son avenir et donc son utilité future sont sur la Toile. Ce projet de LME ne lui sera guère utile à la conversion. Or celle-ci ne sera pas facile, même si Gilles Marchand en fait sa priorité et les expériences faites par la RTS donnent des résultats encourageants. Le projet ignore aussi la fuite de la publicité sur les fenêtres étrangères et les GAFA, ratant ce que Pascal Crittin appelle l’opportunité historique de réguler ou de taxer ce flux. Ce qui serait bienvenu pour mieux encourager la production en Suisse d’informations ou de contenus culturels en tous genres.

Le projet de loi sera-t-il largement rectifié? On en doute, hélas. Les oppositions politiques bloqueront sans doute la réflexion au parlement. Et ce ne sera pas l’OFCOM ou Doris Leuthard qu’il faudra alors blâmer de rater la révolution des médias.

Un mot encore pour attirer l’attention sur le commentaire de Philippe Barraud en Carte blanche de ce numéro 5/2018 d’EDITO. Les médias d’information justifient au mieux leur existence et prouvent leur valeur quand ils alertent le public sur les enjeux collectifs majeurs. Et pas toujours en attendant que la vie politique fixe l’agenda. Le font-ils suffisamment face à la crise écologique? Je crains que non.

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