Actuel – 20.09.2021

Ils restent motivés

Les jeunes journalistes se plaignent du stress et des longues journées de travail, du mélange croissant de l’activité professionnelle et des loisirs et d’un avenir incertain. Qu’en pensent les directions des deux institutions de formation en Suisse romande ?

Par Jean-Luc Wenger

Le directeur du Centre de formation au journalisme et aux médias (CFJM), Marc-Henri Jobin, précise d’emblée qu’il faut différencier les ­étudiants en journalisme et les stagiaires. Au CFJM, la formation – dix semaines soit 50 jours à accomplir durant le stage RP de deux ans – s’adresse à ceux qui ont un emploi dans une rédaction à 80 % au minimum. « Depuis mars 2020, nous avons transformé tous nos cours pour être en mesure de les dispenser en présentiel. » Lorsque cela était impossible, le CFJM a doublé le nombre d’enseignants. « Pour certains ateliers, comme le montage d’une page journal, nous avons procédé par demi-classe. »

Nathalie Pignard-Cheynel est directrice de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) à Neuchâtel.

Nathalie Pignard-Cheynel est directrice de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) à Neuchâtel.« Il manquait l’aspect humain ». « Nous avons remarqué que pour les briefings et debriefings, le travail à ­distance apporte des avantages. Mais il nous manquait la troisième dimension, nous n’avions que la 2D. Il manquait l’aspect humain, le langage non-verbal, les infos ­qui s’échangent spontanément dans les couloirs… Un avantage au ’ télé-étude ’ est que ceux qui se cachaient devaient se montrer et inversement pour ceux qui ­aiment se mettre en avant. » A l’Université de Neuchâtel, la directrice de l’Académie du journalisme et des médias (AJM), Nathalie Pignard-Cheynel, n’a pas remarqué de ­signes inquiétants chez les étudiants, si ce n’est dans le cadre de la pandémie et des restrictions associées : cours en ligne, stages en télétravail, manque de sociabilité, etc. « Il me semble que l’incertitude face à l’avenir, la ­limite vie professionnelle-vie privée, ou le stress au ­travail ­relèvent de phénomènes plus généraux touchant à l’ensemble du marché du travail. »

Le directeur du CFJM confirme : « Le stress fait partie intégrante du métier, depuis toujours, à chacun de le ­gérer. Il rappelle aussi qu’il existe un stress positif. « Les stagiaires radio ou de presse écrites témoignent qu’ils ont bien vécu cette période, évidemment plus com­pliquée en télévision », relève-t-il.

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Considérer la dimension émotionnelle. A l’AJM, un psychologue du travail intervient pour parler de la ­gestion des émotions des journalistes, notamment dans le cadre de la couverture d’événements difficiles ou ­potentiellement traumatisants comme le fait divers. De plus, les futurs journalistes sont accompagnés par des alumni en deuxième année. Marc-Henri Jobin enseigne également à l’AJM, il note « que les étudiants univer­sitaires qui ont aligné des heures et des heures derrière leur écran témoignent que les exercices pratiques leur ont fait du bien. »

Marc-Henri Jobin est directeur du Centre de formation au journalisme et aux médias (CFJM) à Lausanne.

Au CFJM, « la qualité des travaux ne s’en est pas ­ressentie, sauf peut-être pour le dossier d’articles personnels présenté pour l’examen de fin de stage sans doute parce que le suivi dans les rédactions a été plus ­faible, le maître de stage moins présent. » Alors, les ­jeunes manquent-ils de points de contact dans les rédactions ? « Nous recommandons à nos étudiants de ne pas faire comme si la dimension émotionnelle n’existait pas dans leur métier, ou qu’elle devait être neutralisée ou évacuée. Au contraire, elle doit être conscientisée, gérée et intégrée aux pratiques », indique la directrice de l’AJM.

Des effectifs stables. La crise sanitaire va-t-elle tuer des vocations de jeunes journalistes ? « A ce jour, nous n’observons pas de signes inquiétants liés à la baisse ­ des candidatures ou des inscrits. Les effectifs s’avèrent relativement stables ces dernières années, les volées sont constituées en moyenne de 25 à 30 personnes et l’insertion dans le champ professionnel du journalisme, deux ans après l’obtention du diplôme, est globalement de 80 %. Cela reste toutefois un sujet de préoccupation et de surveillance constante pour la direction de l’AJM. »

« Le suivi des stagiaires dans les rédactions a été plus faible. »

Marc-Henri Jobin

Au début des années 2000, le CFJM accueillait une soixantaine de stagiaires chaque année en deux volées. « Depuis 2015, nous en sommes à une trentaine en ­moyenne. En 2020, il y avait 22 inscriptions mais les cours se sont arrêtés après deux semaines avec le ­premier confinement. Reflet des incertitudes et des ­réorganisations dues au Covid-19, cinq personnes seulement ont été envoyées en formation par les médias pour cet automne. Nous avons fusionné les deux classes. » Pour lui, la formation continue a souffert davantage. Les gens préféraient le présentiel, surtout pour des formations qui, comme au CFJM, sont fondées sur l’appropriation des compétences et la mise en pratique. « En 2021, nous avons 18 stagiaires inscrits pour le prin­temps et 17 pour l’automne. L’arrivée de Watson.ch, Blick.ch et le ren­forcement de 20 Minutes.ch a créé 60 nouveaux postes de journalistes, dont, évidemment, des postes de stagiaires. »

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